La Villa La Sympathie à Arcachon marque la reprise de notre promenade parmi les villas de la Ville d’Hiver. Son nom donne déjà envie de pousser la grille. Au 5, avenue de Mentque, cette maison rose, autrefois appelée Bellevue, associe un panorama sur le Bassin à une histoire de famille, de littérature et d’arts décoratifs.
Villa La Sympathie : de Bellevue à la vue sur le Bassin
La Sympathie se découvre en hauteur, à proximité du carrefour de l’allée Hennon. Depuis la rue, la végétation en dissimule une partie. Une rampe conduit vers la demeure : de hauts murs roses, une couverture de tuiles, une génoise en bordure du toit. Cette silhouette possède une personnalité bien à elle au milieu des villas de la Ville d’Hiver.
Son ancien nom, Bellevue, prend tout son sens lorsque l’on découvre le dégagement vers le Bassin. Sur nos photographies prises en 2020, les jardins et les toits d’Arcachon composent un premier plan au-delà duquel s’ouvre l’horizon maritime. Le paysage fait ici partie de la maison.
La villa appartient à l’histoire du quartier au XIXe siècle. Le site documentaire Arcachon Nostalgie signale une mention de Bellevue dans L’Avenir d’Arcachon du 24 février 1878 et présente des plans et cartes postales qui permettent d’en suivre les transformations. Ces repères ne suffisent toutefois pas à attribuer avec certitude une date unique de construction à la demeure actuelle.

1927 : Louise de Heredia et Gilbert de Voisins s’installent
Un tournant décisif intervient en 1927, lorsque Louise de Heredia acquiert Bellevue avec le soutien de son mari, l’écrivain Auguste Gilbert de Voisins. Fille du poète José Maria de Heredia et sœur de Marie de Régnier, Louise appartient à une famille dont les liens avec la vie littéraire française sont particulièrement étroits.
Arcachon n’est pas pour elle une découverte. Ses séjours précédents, notamment dans les villas Velleda et Navarra, s’inscrivent dans une recherche de repos liée à sa santé fragile. Avec Bellevue, les déplacements de villa en villa cèdent la place à un véritable ancrage.
Le couple engage d’importantes transformations à la fin des années 1920. La maison devient La Sympathie : un nom qui, selon les recherches de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, rappelle une ancienne caféière cubaine de la famille maternelle Despaigne. Derrière cette appellation accueillante se cache donc un souvenir familial venu de l’autre côté de l’Atlantique.
Une maison rose et un intérieur Art déco
La couleur rose et le toit de tuiles donnent à la villa une allure que Bertrand Dubosq souligne dans son guide Arcachon, parcours en Ville d’Hiver. À l’intérieur, le couple choisit un décor résolument inscrit dans son époque : meubles de Follot et de Ruhlmann, laques de Dunand. Ces noms situent le raffinement recherché par les propriétaires dans l’univers des arts décoratifs de l’entre-deux-guerres.
Dans Les yeux noirs, Dominique Bona évoque une terrasse élevée, des bougainvillées et un jardin suspendu au-dessus du paysage. Le récit permet d’imaginer la place qu’occupait la vie au jardin dans le quotidien de Louise. Les photographies actuelles racontent un autre moment de la villa ; elles ne permettent évidemment pas de retrouver son ameublement historique.

Un rendez-vous littéraire et mondain
La Sympathie devient aussi une maison de famille et de réception. Marie de Régnier, connue comme écrivaine sous le nom de Gérard d’Houville, et son mari, le poète Henri de Régnier, y séjournent. Le guide de Bertrand Dubosq cite parmi les personnalités reçues les Polignac, les Poniatowski, les Rothschild, Pierre Benoit, Paul Valéry ou encore Maurice Ravel.
Cette liste donne la mesure du cercle qui gravite autour des propriétaires. Elle invite à voir la Ville d’Hiver comme un lieu de sociabilité où les maisons accueillent, au fil des saisons, conversations, visites et retrouvailles. La Sympathie en offre un exemple particulièrement évocateur.
Marie de Régnier, la guerre et les derniers séjours
Après la disparition de Louise en 1930, Marie de Régnier continue de fréquenter la maison. Elle en devient pleinement propriétaire en 1939, à la mort de Gilbert de Voisins.
La guerre transforme ensuite la fonction de la villa. Marie y accueille des proches réfugiés avant de la louer à l’industriel Marcel Petit. D’après le récit de la Société historique, l’armée allemande l’occupe de 1942 à 1944. À son retour en 1945, Marie retrouve une demeure endommagée et dépouillée d’une partie de son mobilier. L’entretien devient trop lourd : elle la vend à Marcel Petit le 17 décembre 1949.
Un autre nom s’ajoute plus tard à l’histoire de la demeure : celui de Jacques Chaban-Delmas. Éliane Keller indique qu’il loua La Sympathie pendant plusieurs années, sans préciser les dates de ces séjours.
Une autre manière de regarder la Ville d’Hiver
Les façades roses, les menuiseries vertes et l’ouverture sur le Bassin donnent à La Sympathie un charme immédiatement perceptible sur nos photographies. Son histoire lui apporte une autre profondeur : celle des personnes qui l’ont choisie, transformée et habitée.
Pour prolonger cette promenade, retrouvez nos articles consacrés à la villa Sigurd, à la villa Beatrix et à la villa Alexandre Dumas.
Sources et lectures
- Bertrand Dubosq, Arcachon, parcours en Ville d’Hiver, Le Festin, p. 78, extrait communiqué à DELEGLISE.
- Éliane Keller, Arcachon, ses quartiers, ses villas, ses hôtes illustres, Le Temps Retrouvé, Équinoxe, p. 101, extrait communiqué à DELEGLISE.
- Dominique Bona, Les yeux noirs. Les vies extraordinaires des sœurs Heredia, JC Lattès, p. 340-341, extraits communiqués à DELEGLISE.
- Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch : Les séjours de la famille Heredia à Arcachon.
- Arcachon Nostalgie : Villa Bellevue, actuelle villa La Sympathie.
- 15 octobre 2026
- Deleglise Proprietes